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Pascal DROUHAUD, Président de LATFRAN, était l’invité de France Info le 5 janvier, avec le journaliste Anthony BELLANGER, pour expliquer la situation après la capture à Caracas, par les Etats-Unis, de Nicolás Maduro. Assiste-t-on au retour des Etats-Unis « gendarme », en quelque sorte, de l’Amérique latine ?
Oui, certainement. Cela a même été conceptualisé dans le document de la stratégie de sécurité nationale, présenté par la Maison Blanche au mois de novembre, que j’ai ici sous les yeux. Vous lisez, en pages 15, 16 et 17, ce qui est écrit sur l’Amérique latine, […]. C’est écrit noir sur blanc : il s’agit à nouveau d’implanter les Etats-Unis dans l’hémisphère occidental, c’est-à-dire de reprendre la place que Washington considère comme la sienne. Il est vrai que, ces 30 dernières années, il y a eu une politique de bon voisinage, c’est-à-dire que les Etats-Unis se sont consacrés à d’autres théâtres d’opérations (l’Irak, l’Afghanistan, une présence permanente dans le Pacifique, en Europe, etc). L’Amérique latine, qui est un continent émergent de 600 millions d’habitants, a cherché à diversifier ses partenaires : la Chine, la Turquie, quelques pays du Golfe par exemple. […] Vous savez, la Chine en 2025, c’est 500 milliards de dollars de commerce avec l’Amérique latine. A titre de comparaison, la France, c’est 22 milliards. […]
Donald Trump, depuis le mois d’août, a déclaré le conflit armé – il n’a pas déclaré la guerre car seul le Congrès américain peut le faire -, un conflit armé contre les trafiquants de drogue, contre les cartels de la drogue en Amérique latine. C’est le sujet, en termes de sécurité, numéro un. C’est une réalité qui produit beaucoup d’argent, qui tue beaucoup, des journalistes, des magistrats, des policiers, des responsables politiques, et de manière la plus sensationnelle possible car il faut marque les esprits. Si le Venezuela est un acteur marginal de ce trafic de drogue, il a apporté une protection. Et dans ce conflit armé, il y a, vous avez parfaitement raison, les pays producteurs, la Colombie premier producteur mondial de cocaïne, le Pérou, la Bolivie, la frontière amazonienne du Brésil : ça, c’est vraiment le cœur. Mais, vous avez les pays protecteurs : le Venezuela. Vous avez des pays qui facilitent l’exportation : c’est le Mexique, l’Equateur. Et avec l’Equateur, on remonte vers le Mexique et, là, on dispatche, d’une part par la route du Pacifique. Mais, par la route des Caraïbes, on passe par le Venezuela.
La difficulté, en fait, elle est d’ordre politique. Le Venezuela a développé, depuis l’arrivée d’Hugo Chavez en 1999 au pouvoir, et plus encore avec Nicolas Maduro à partir de 2013, un discours politique alternatif : il faut en terminer avec la gouvernance internationale telle qu’elle existe, c’est une gouvernance d’oppression, l’impérialisme occidental, etc, etc. Ils ont voulu se présenter comme les moteurs, les fédérateurs d’une approche offensive visant à démanteler cette gouvernance-là. D’où l’alliance avec l’Iran (le Hezbollah est présent à Caracas), avec la Russie évidemment, la Chine naturellement mais la Chine fait du commerce pour le moment […]. Donc voilà, il y a la construction idéologique d’une approche que, nous, nous avons enfermée dans le concept du Sud global. Mais, eux, ils représentent un Sud global offensif qui vise à renverser l’ordre international. Et c’est là où cela se complique. […].
Retrouvez l’intervention de Pascal Drouhaud sur France Info (5 janvier 2026).
